Ma santé, mon histoire

Sophie Inglin

Photovoice, un projet de photographie participative au Népal

 

Sept agricultrices népalaises exposent à la lumière leur réalité.

Leur trajectoire a été marquée par l’avènement d’une affection largement répandue dans le pays, le prolapsus utérin. Cette pathologie invalidante présente de nombreuses conséquences physiques et psychiques et demeure un enjeu majeur de santé publique ainsi qu’une question urgente en matière de droits humains, altérant le pouvoir et le contrôle des femmes sur leur santé et leur avenir.

Soutenu par l’Université de Genève, la Société Népalaise de Gynécologie ainsi qu’une ONG locale Rural Women’s Network Nepal, ce projet participatif donne une voix à ces femmes – rarement entendues dans l’espace public – par l’utilisation et l’appropriation d’un outil accessible, la photographie.

Fortes d’une formation à Katmandou, ces «apprenties-photographes» retracent leur vécu ainsi que les difficultés et souffrances endurées par leurs pairs. Leur premier photo-reportage et leur engagement personnel ont permis de ranimer cette problématique et d’initier un projet pour agir au coeur des communautés, avec l’espoir de contribuer au changement social par le pouvoir des images.

Cliquez sur les photos pour découvrir leur histoire.

Présentation des 7 photographes

Je suis Bhabani et j’ai 56 ans. Mon mari est handicapé comme je le suis depuis mon prolapsus : je marche avec une canne car je souffre trop. J’ai été opérée il y a plusieurs mois mais depuis je saigne beaucoup, j’ai l’impression que ma situation ne s’est pas améliorée. Je ne suis pas retournée chez le médecin depuis.

C'est une photo de moi, Bimala, avec ma petite-fille. Quand elle sera plus âgée, elle recevra une éducation moderne. Mon visage est pâle mais celui de ma petite-fille est si brillant ! Cette différence c’est le fossé  générationnel qui nous sépare. Mon visage exprime la tristesse liée à une vie difficile à cause du prolapsus utérin alors que le sien représente l’avenir, toujours brillant.

Je m’appelle Dilli Maya et j’ai 38 ans. Je souffre d’un prolapsus utérin depuis longtemps. Voici une photo de moi en train de porter un grand bassin d’eau pour le bétail. Je suis obligée de le faire même si c’est dangereux et douloureux à cause de ma condition ; mais nous les agricultrices nous n’avons pas le choix. J’ai consulté un médecin qui m’a conseillé de faire de la chirurgie pour réparer mon utérus mais je n’ai pas ces moyens-là.

Je m’appelle Laxmi Maya et voici une photo de moi-même. J’ai développé un prolapsus utérin après ma cinquième grossesse. Je ne sais pas si cette condition est liée à mes grossesses, au travail très dur que j’effectue dans les champs ou aux violences que je subis de la part de mon mari. Je n’ai pas eu beaucoup de chance dans ma vie et la pauvreté n’a pas aidé. J’ai eu très peu à manger durant mes grossesses et je pense que cela a affaibli mon corps. Je suis fatiguée.

Je m’appelle Padma et je souffre d’un prolapsus utérin depuis neuf ans. Cela me crée beaucoup de douleur. Mon corps ne fonctionne plus comme avant. Mon mari est parti travailler à l’étranger pour subvenir aux besoins de notre famille. Sur cette photo je suis avec mes parents qui auraient souhaité un bel avenir pour moi ; mais il a été noirci par la maladie.

Me voici, Pramila, avec mon unique fils. Depuis sa naissance je souffre d’un prolapsus utérin alors que je n’avais connu aucun problème de santé jusque-là. J’ai découvert cela après avoir beaucoup saigné. Depuis, je souffre quand je suis assise et j’ai très mal au dos. J’aimerais bien m’épanouir mais depuis l‘apparition de cette condition, ma vie a basculé et l’avenir me semble plus sombre.

Je m’appelle Sabitri et j’ai 30 ans. Je me suis mariée à l’âge de 14 ans, l’âge de mon fils aujourd’hui. J’ai donné naissance à mon premier bébé lorsque j’avais 15 ans. Mon mari a 17 ans de plus que moi. Lorsque j’étais jeune, je ne connaissais rien en matière de contraception et j’ai donc eu une grossesse précoce. À présent, je le regrette ; si j’avais été instruite, je ne souffrirais pas d’un prolapsus utérin aujourd’hui.

 

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